Mme B  a engagé notre relation, à son initiative. Lors d’un de mes passages dans la salle commune, elle m’a appelée, m’a fait asseoir à côté d’elle, m’a fait des sourires et des caresses.
« On va se promener » dit-elle en se levant et me prenant le bras.
Au bout de 10 pas : « on va où ? » « on est où ? »
Nous faisons demi-tour, elle se rassoit. « Tu es venue me voir, tu vas venir me voir ?  »
Elle m’embrasse, je l’embrasse. « J’aime bien »

Elle est ensuite allée dans l’unité fermée, et je l’ai vue lors de chacune de mes visites à l’EHPAD.
Elle me « reconnaît » chaque fois, non pas par mon nom, mais par ce qu’elle ressent en ma présence, son regard sort du vague, son sourire arrive instantanément
Mme B : « Tu viens me voir !!! » …. 
Caresses et des bisous échangés
Mme B : « qu’est-ce qu’on fait ? »
Moi : « on est ensemble »
Mme B : sourires entendus, hochements de tête, « je suis contente », en me tenant la main
Une fois nous nous sommes isolées derrière mon grand foulard, comme une cabane d’enfants hors du regard des autres. Elle a éclaté de rire et m’a embrassée : « on est bien ».

Mme G, rencontrée lors de son hospitalisation à la Clinique des Cèdres, que je vois depuis plus d’un an régulièrement. Elle a très rapidement décliné physiquement : elle marchait, puis elle était en fauteuil, maintenant elle est attachée dans son fauteuil. Elle tient souvent des propos confus, et elle a de plus en plus de mal pour parler.
Lorsqu’elle m’entend entrer dans sa chambre, au son de ma voix, avant même de m’avoir vue, elle dit : « c’est mardi ! ».

Mme M, rencontrée à la demande d'Annick, la psychologue.
Elle ne quitte plus son lit, a très peu de visites.
J’entre dans sa chambre, je la salue et lui prends la main. Elle m’embrasse « des bisous, des bisous, j’aime les bisous », « encore des bisous »
Son regard s’allume, elle rit.
Nous nous tenons les mains, nous nous embrassons dans l’intensité du sourire partagé.
Je l’ai vue sept ou huit fois, puis elle est décédée...

Mme P : Une fois, à la Clinique de Chartreuse à Voiron, dans une chambre double, il y a une dame dans le coma avec son mari désespéré à son chevet et une autre dame : Mme P qui s’est fait mal à une jambe, très désorientée.
Lorsque je rencontre Mme P, elle me dit : « Il a de la peine le pépé », en parlant du mari de sa voisine. J’ai été époustouflée par la pertinence de sa remarque, et la sensibilité du ton de sa voix …



extrait du journal Source de Vie n°11 - Mars 2014

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